DES SOLUTIONS NATURELLES CONTRE LE RHUME

Par Gaëlle BOUDON, Dr  Jean.Marc ROBIN

D’origine virale, le rhume se caractérise par une inflammation des muqueuses du nez et de la gorge. L’écoulement nasal et l’irritation de la gorge sont souvent accompagnés d’une toux, d’éternuements et de maux de tête voire parfois de fièvre. C’est l’infection virale la plus répandue dans le monde. Aucun traitement ne permet de stopper l’évolution de la maladie et le rhume passe normalement au bout d’une dizaine de jours. Dès les premiers signes de rhume, la prise de nutriments et d’extraits de plantes permettent de réduire les symptômes et la durée de l’affection. Faites votre choix en connaissance de causes…

La vitamine C, acide ascorbique

Dès 1971, Linus Pauling s’appuie sur une méta-analyse de 4 études versus placebo pour revendiquer l’effet antirhume de la vitamine C. Plus de 30 ans plus tard les études se poursuivent et confortent l’effet de la vitamine C contre le rhume.

Ainsi, une étude publiée en 2002 teste l’effet sur le rhume d’une supplémentation en vitamine C sous forme d’ascorbate Ester C®. L’ester C® est une forme naturelle de vitamine C efficacement absorbée par l’organisme et assimilée par les cellules. Cette forme permet d’obtenir de hauts niveaux intracellulaires d’acide ascorbique. Ainsi, 168 volontaires ont pris deux comprimés d’Ester C® (1 g/j) ou un placebo pendant plus de 60 jours entre novembre et février. Chez les sujets supplémentés en Ester C® versus placebo, le nombre de rhumes est moins important (37 contre 50), la durée des symptômes sévères est beaucoup plus courte (1,8 contre 3,1 jours) et la réinfection est plus rare (2 contre 16). Les personnes du groupe supplémenté en Ester C® sont donc moins susceptibles de contracter un rhume et se rétablissent plus vite que les sujets sous placebo. Les volontaires ont bien toléré le supplément en Ester C® et l’ont jugé satisfaisant. 81 % des sujets traités à l’Ester C® souhaitent recommander le traitement à leurs amis et famille (1).

Une synthèse menée en 2000 inclut une trentaine d’études portant sur les effets préventifs et thérapeutiques de la vitamine C. Les auteurs concluent que la prise de vitamine C à une dose supérieure à 1 g/j diminue la durée des symptômes du rhume. La réduction peut atteindre 39 % du temps obtenu sous placebo. Sur le plan préventif, les résultats restent inégaux (2).

Cependant, l’effet préventif serait indéniable chez les personnes ayant de faibles apports alimentaires en vitamine C (3)

Quel est le mode d’action de la vitamine C ?

L’action de la vitamine C contre le rhume est liée notamment à ses propriétés antioxydantes. Lors d’une infection, les globules blancs activés produisent des substances oxydantes. Ces substances détruisent les microorganismes mais affectent aussi les globules blancs eux-mêmes.

La vitamine C réagit avec ces composés oxydants, réduit l’inflammation et permet d’épargner les cellules de défense. Elle aurait également un rôle d’activation des polynucléaires (globules blancs) (4)

Au-delà du rhume…

Le bénéfice de la vitamine C concerne plus largement les infections respiratoires. Ainsi, des études rapportent une réduction de la prévalence de la pneumonie chez les sujets supplémentés en vitamine C versus placebo. Des résultats positifs d’un traitement à la vitamine C sont également obtenus chez des sujets âgés hospitalisés avec une bronchite ou une pneumonie (5).

Histoires humoristiques extraites de l’ouvrage « Abusez des vitamines » de Linus Pauling (édition TCHOU, 1988)

Un médecin dit à son patient : « Vous avez un rhume. Je ne sais comment le traiter, mais s’il se transforme en pneumonie, venez me voir, car je peux guérir une pneumonie. »

Suite au livre de Linus Pauling Vitamin C and the Common Cold (vitamine C et rhume) publié en 1970, une plaisanterie du même type apparaît. Un médecin dit à son patient : « Vous souffrez d’une dose excessive de vitamine C, pour la neutraliser, je vais vous faire une injection de virus ».

Le zinc

Le zinc est un oligoélément intervenant dans l’activité de plus de 200 enzymes. L’apport nutritionnel conseillé est de 12 mg/j pour les femmes et 15 mg/j pour les hommes.

Effets de pastilles de zinc

Dans une clinique de Cleveland aux États-Unis, 100 employés se prêtent à l’expérience dans les 24 heures suivant la manifestation des premiers symptômes du rhume. 50 sujets reçoivent une pastille à sucer de gluconate de zinc (13,3 mg de zinc) toutes les 2 heures pendant les périodes d’éveil. L’autre moitié des sujets reçoit dans les mêmes conditions des pastilles placebo. Les sujets évaluent personnellement leurs symptômes. L’administration de zinc versus placebo réduit la durée du rhume (4,4 jours versus 7,6 jours), de la toux (2 jours versus 4,5 jours), du mal de tête (2 jours versus 3 jours), de la congestion nasale (4 jours versus 6 jours), de l’écoulement nasal (4 jours versus 7 jours), et du mal de gorge (1 jour versus 3). Les durées de la fièvre, des éternuements, des courbatures et du symptôme de gorge irritée ne diffèrent pas entre le groupe placebo et le groupe zinc. Le zinc semble donc efficace pour réduire la durée des principaux symptômes du rhume. Les effets secondaires rapportés concernent le goût désagréable du traitement (80 % des sujets) et des nausées (20 %) (6).

Après 7 jours de traitement (23 mg de zinc/2 heures), 86 % des 37 sujets sous zinc ne ressentent plus de symptômes contre seulement 46 % des 28 sujets sous placebo (7).

Les résultats de la prise de 12,8 mg d’acétate de zinc toutes les 2 heures sont présentés dans le graphique ci-contre. 50 % des sujets ne ressentent plus de symptômes au bout de 3,8 jours avec un traitement au zinc contre 7,7 jours sous placebo. Des prélèvements sanguins sont réalisés avant et après traitement afin de mesurer les taux plasmatiques de zinc et de cytokines proinflammatoires. La diminution des symptômes cliniques pourrait être liée à un effet immunomodulateur du zinc sur les protéines inflammatoires (8).

Gel nasal au zinc

Parmi les 213 sujets manifestant les premiers symptômes de rhume (moins de 24 heures), 108 sujets reçoivent le gel nasal contenant du zinc et 105 reçoivent un placebo. La durée des symptômes des sujets traités au zinc est seulement de 2,3 jours contre 9 jours chez le groupe placebo (9).

Intérêt préventif du zinc

En prévention, 29 volontaires reçoivent toutes les 2 heures pendant 4,5 jours des pastilles de gluconate de zinc (23 mg) et 28 volontaires prennent un placebo. Au 2e jour de traitement, les sujets reçoivent une dose infectante de rhinovirus 2 humain. La moyenne du score clinique de symptômes est seulement de 5,7 dans le groupe zinc contre 8,2 dans le groupe placebo (10).

Mode d’action du zinc

Une explication est proposée par un service de chimie américain. La dissolution dans la bouche de la forme ionisée du zinc (Zn 2+) élève la concentration du Zn2+ à l’intérieur et autour de la cavité nasale. Ceci facilite la complexation du zinc avec des sites de liaison présents sur la surface des rhinovirus. Ces sites permettent au virus d’adhérer aux cellules mais la présence de zinc bloquerait cette fixation et interromprait ainsi l’infection Une méthode cristallographique a mis en évidence des sites de liaison permettant la fixation de 360 molécules de zinc sur la surface des rhinovirus (11).

Le zinc pourrait également moduler la libération de cytokines proinflammatoires par les macrophages. Ces cytokines seraient impliquées dans la manifestation des symptômes et leur diminution pourrait expliquer la réduction de la durée du rhume.

Indications de supplémentation

Une supplémentation à long terme (de plus de 30 jours) au-delà de 20 mg/j doit se faire sous contrôle médical car le zinc peut induire des baisses plasmatiques de ferritine et de cuivre pouvant entraîner une anémie.

Echinacée (voir aussi page 12)

L’échinacée possède des propriétés immunostimulantes et constitue un traitement d’appoint contre les infections respiratoires.

Les résultats de 16 études incluant 3 396 sujets montrent un effet bénéfique sur le traitement précoce du rhume des préparations contenant des extraits d’échinacée versus placebo (12).

Des expériences versus placebo menées sur 1 000 sujets avec des préparations de racines d’E pallida, des extraits de jus d’E purpurea et des préparations à base de mélanges d’échinacées montrent que l’échinacée est efficace pour réduire la sévérité des symptômes et la durée de rhume.

La partie végétale de l’espèce utilisée influence l’activité. Ainsi, la prise d’un extrait sec (95 % feuilles, 5 % racine d’E purpurea) réduit les symptômes du rhume versus placebo tandis qu’une préparation de racine d’E purpurea ne montre pas d’effet (13).

Une étude clinique randomisée est menée en double aveugle versus placebo sur 80 sujets adultes recrutés dès les premiers symptômes de rhume. La prise d’Echinacea purpurea (Echinacin, EC31JO) diminue en moyenne de 3 jours la durée de la maladie par rapport au placebo. Le traitement est bien toléré (14).

La prise d’une infusion à base d’échinacée (Echinacea Plus®, 5 à 6 tasses par jour) au début d’un rhume permet également de réduire la durée des symptômes versus placebo. Un sachet comprend 1,275 g d’échinacée (15).

La prise d’échinacée diminue donc la durée et la gravité des symptômes du rhume. Par contre, l’effet préventif de la plante sur la fréquence et l’intensité du rhume reste à démontrer.

Traitement du rhume

En prévention :

Vitamine C : 1 à 2 g/j en fin de repas pendant la période hivernale à toute l’année

Formes : formulation à base d’Acérola, Ester C®, sels d’ascorbates.

En curatif :

Pour être efficace, les mesures doivent être prises dès les premiers symptômes.

Vitamine C : 1 g/h jusqu’à 8-12 g/j. À régression des symptômes, réduire progressivement la dose jusqu’à 2 g/j pour éviter une rechute.

Salycilates (aspirine vitaminée  C ®) si fièvre, maux de tête : 1 cp 300 mg en fin de repas, 3 fois par jour

Zinc :pastilles à sucer de gluconate de zinc (13 à 23 mg) ou d’acétate de zinc (13 mg) toutes les 2 heures d’éveil jusqu’à disparition des symptômes.

Echinacée : 3 à 4 gélules (600 à 800 mg) par jour d’extraits secs standardisés titrés à 4 % de composés.

BIBLIOGRAPHIE 

 1 VAN STRATEN M, JOSLING P. Preventing the common cold with a vitamin C supplement: a double-blind, placebo-controlled survey. Adv Ther 19(3):151-9 ; 2002.

 2 DOUGLAS RM, CHALKER EB, TREACY B. Vitamin C for preventing and treating the common cold. Cochrane Database Syst Rev(2):CD000980 ; 2000.

 3 HEMILA H.Vitamin C intake and susceptibility to the common cold. Br J Nutr 77(1) :59-72 ; 1997.

 4 HEMILA H. Vitamin C and the common cold. Br J Nutr 67(1):3-16 ; 1992.

 5 HEMILA H, DOUGLAS RM. Vitamin C and acute respiratory infections. Int J Tuberc Lung Dis 3(9):756-61 ; 1999.

 6. MOSSAD SB, MACKNIN ML, MEDENDORP SV, MASON P. Zinc gluconate lozenges for treating the common cold. A randomized, double-blind, placebo-controlled study. Ann Intern Med 15;125(2):81-8 ; 1996.

 7. EBY GA, DAVIS DR, HALCOMB WW. Reduction in duration of common colds by zinc gluconate lozenges in a double-blind study. Antimicrob Agents Chemother 25(1):20-4 ; 1984.

 8 PRASAD AS, FITZGERALD JT, BAO B, BECK FWJ, CHANDRASEKAR PH. Duration of symptoms and plasma cytokine levels in patients with the common cold treated with zinc acetate.Ann Intern Med ;133 :245-252 ; 2000.

 9 HIRT M, NOBEL S, BARRON E. Zinc nasal gel for the treatment of common cold symptoms: a double-blind, placebo-controlled trial. Ear Nose Throat J 79(10):778-80, 782 ; 2000.

10 AL-NAKIB W, HIGGINS PG, BARROW I, BATSTONE G, TYRRELL DA. Prophylaxis and treatment of rhinovirus colds with zinc gluconate lozenges. J Antimicrob Chemother  20(6):893-901; 1987.

11 NOVICK SG, GODFREY JC, GODFREY NJ, WILDER HR. How does zinc modify the common cold? Clinical observations and implications regarding mechanisms of action. Med Hypotheses 46(3):295-302 ; 1996.

12 MELCHART D, LINDE K, FISCHER P, KAESMAYR J. Echinacea for preventing and treating the common cold. Cochrane Database Syst Rev(2):CD000530 ; 2000.

13 THE MEDICAL LETTER. Echinacea for prevention and treatment of upper respiratory infections. Med Lett Drugs Ther 44(1127) :29-30 ; 2002.

14 SCHULTEN B, BULITTA M, BALLERING-BRUHL B, KOSTER U, SCHAFER M. Efficacy of Echinacea purpurea in patients with a common cold. A placebo-controlled, randomised, double-blind clinical trial. Arzneimittelforschung;51(7):563-8 ; 2001.

15 LINDENMUTH GF, LINDENMUTH EB. The efficacy of echinacea compound herbal tea preparation on the severity and duration of upper respiratory and flu symptoms : a randomized, double –blind placebo controlled study. J Altern Complement Med 6(4):327-34 ; 2000.