La vitamine C

Dr Jean-Marc ROBIN

Encore aujourd’hui, seules les vertus antirhume et antifatigue sont perçues par le grand public et même par les médecins. Vision bien réductrice d’une vitamine aux multiples rôles biologiques et thérapeutiques…

Historique

Le scorbut, syndrome de carence en vitamine C est connu depuis des siècles. Sa description a été trouvée sur des rouleaux de papyrus égyptien (-1550) et dans des écrits d’Hippocrate. Cette maladie a causé des ravages parmi les hommes lors de campagnes militaires et de voyages d’exploration. Mais la découverte d’un traitement naturel a tout changé. En 1535, des marins de Jacques Cartier, rescapés du voyage à Terre-Neuve, sont soignés grâce à un breuvage indien à base d’aiguilles de pin. James Lancaster préserve son équipage de la maladie grâce à la prise quotidienne de quelques gouttes de jus de citron. En 1753, un traité sur le scorbut rédigé par le docteur James Lind explique la maladie par une déficience alimentaire en légumes frais.

Les signes cliniques du scorbut se manifestent à différents niveaux. Sur le plan général, la carence en vitamine C se traduit par une fatigue importante à laquelle peut d’associer une perte de poids, des maux de tête et un état de faiblesse. Au niveau de la peau et des muqueuses les principaux symptômes sont des saignements de gencives, du nez, des ecchymoses et des oedèmes, une gengivite, une peau sèche et rugueuse, voire un retard de cicatrisation. Des douleurs articulaires et osseuses prédominent dans les membres inférieurs. Au niveau du cœur apparaît une tachycardie (accélération du rythme cardiaque) et un essoufflement à l’effort. Des désordres neuropsychologiques surviennent comme la dépression ou l’hystérie. Les signes biologiques sont une anémie et une diminution des défenses immunitaires.

Szent-Györgyi isole l’acide hexuronique comparable au principe actif antiscorbut issu du citron (1928) et Haworth précise en 1932 la structure chimique de l’acide qu’il nommera acide ascorbique (contre le scorbut).

L’avant et l’après Linus Pauling

La vitamine C n’est connue du grand public que pour son rôle antiscorbut avant le livre écrit par Linus Pauling sur son effet antirhume (« Vitamine C and the Common Cold », 1970).

La voie à la découverte de nombreuses autres propriétés est ouverte.

Rôles biologiques

La vitamine C intervient dans des réactions enzymatiques essentielles :

  • elle participe à la production du collagène et de la carnitine.
  • elle joue un rôle essentiel dans le métabolisme de deux acides aminés : la tyrosine et la phénylalanine. D’une part, elle permet leur transformation en dopamine et noradrénaline. D’autre part, elle intervient dans leurs réactions de dégradation.

Essentielle à l’activation de nombreuses hormones (calcitonine, gastrine…), elle est aussi nécessaire à la synthèse du cortisol (hormone du stress). Au niveau du foie, elle intervient dans les réactions de détoxification et de transformation du cholestérol en acides biliaires.

La vitamine C possède un rôle antioxydant : elle neutralise les radicaux libres responsables du vieillissement cellulaire et elle favorise la régénération d’autres antioxydants comme la vitamine E et le β-carotène.

La vitamine C et le métabolisme du fer sont liés. La vitamine C facilite l’absorption du fer non héminique en réduisant le fer ferrique Fe3+ en fer ferreux Fe2+ biodisponible. Elle facilite également les transferts du fer entre protéines de transport, protéines de stockage et tissus.

La vitamine C stimule l’immunité : elle augmente la mobilité des polynucléaires neutrophiles (globules blancs) ainsi que leur fonction de phagocytose. Elle augmente aussi la production d’anticorps par les lymphocytes B et l’activité de destruction des cellules infectées par les lymphocytes T.

Effets biologiques de supplémentation à dose supérieure à 1000 mg/j

La vitamine C à dose ≥1000 mg/j :

  • est antiallergique
  • est anti-inflammatoire
  • protège contre les métaux lourds
  • limite l’absorption du plomb, mercure, cadmium, strontium
  • favorise l’élimination urinaire des métaux précédemment cités et de l’aluminium
  • réduit les facteurs de risques cardiovasculaires
  • augmente la vasodilatation
  • diminue l’agrégation plaquettaire
  • réduit le cholestérol total et augmente le taux du cholestérol HDL (« bon cholestérol »)
  • neutralise la transformation des nitrites en nitrosamines cancérigènes
  • neutralise à forte dose (8 à 20 g/j) les virus et inhibe la prolifération des bactéries.
  • améliore la résistance à l’hyperthermie et l’acclimatation à l’hypothermie
  • réduit la consommation d’oxygène pour un même effort
  • est un antalgique musculaire

Formes de vitamine C

Acide ascorbique, sels d’acide ascorbique, extraits d’acérola, extraits de baies d’églantier, Ester C ®.

Il est préférable de consommer des formes tamponnées moins acides comme l’ascorbate de calcium et ascorbate de sodium ou des formulations à base d’acérola ou de baie d’églantier.

L’acérola est une cerise originaire d’Amérique du sud. C’est le fruit le plus riche en vitamine C : 30 à 40 fois plus que l’orange.

L’ascorbate Ester C ® est d’une remarquable efficacité. Cette forme est un mélange d’ascorbate minéral non acide et de métabolites de la vitamine C dont le thréonate. Cette association assure au produit une moindre acidité, une meilleure digestibilité et une facilitation de la pénétration de la vitamine C dans la cellule. Cette forme maximise l’utilisation de la vitamine C. L’Ester C ® est une vitamine C brevetée.

Indications de supplémentation

Situations physiologiques où il est conseillé de se supplémenter en vitamine C :

  • activité physique intense,
  • conditions de vie stressantes
  • exposition au tabac, à la pollution aux nitrates et aux métaux lourds.

Maladies induites par une carence en vitamine C :

  • infertilité masculine
  • ostéoporose
  • maladie de Wilson (excès de cuivre)
  • insuffisance rénale
  • dialyse au long court
  • déficit en glucose-6-phosphate déshydrogénasse
  • lithiase oxalique (sauf si supplémentation associée en magnésium et calcium)
  • signes de scorbut
  • syndrome sec
  • purpura thrombocytopénique idiopathique : déficit en plaquette inexpliqué

Maladies responsables de déficit en vitamine C :

  • alcoolisme
  • toutes les infections parasitaires, virales et bactériennes
  • grêle court
  • maladie de Crohn
  • hémodialyse

Maladies dont le risque de survenue est réduit par la vitamine C :

  • cataracte
  • dégénérescence maculaire
  • coronaropathie
  • pathologies dentaires
  • dysplasies
  • polypes
  • cancers (par ordre d’importance : cavité buccale, pharynx, estomac, poumon, colon, rectum, col utérin, pancréas).

Autres maladies où la vitamine C est indiquée :

  • méthémoglobinémie
  • plaies
  • fracture
  • escarres
  • intervention chirurgicale
  • intolérance au glucose
  • diabète
  • hypercholestérolémie
  • hypertriglycéridémie
  • Lp(a) élevée
  • hypertension artérielle
  • asthme
  • arthrose
  • démence sénile
  • maladie de Parkinson (améliore l’efficacité de la Lévodopa)
  • maladie de Paget
  • pancréatite aiguë
  • ulcère gastroduodénal.

Contre-indications de supplémentation ≥ 1000 mg/j

  • nouveaux nés de moins d’un mois
  • hémochromatose (excès de fer)

Interactions médicamenteuses

Médicaments à effet antivitamine C : Salicylates (aspirine ®), calcitonine, contraceptifs œstroprogestatifs, tétracyclines, corticoïdes.

L’acide ascorbique diminue l’efficacité des molécules basiques par baisse de la réabsorption au niveau des reins : amytriptiline, désipramine, imipramine, nortryptiline, amphétamine, phénothiasine, chlorpromazine…

L’acide ascorbique augmente l’efficacité des molécules acides par élévation de la réabsorption rénale : salicylates (aspirine ®), gentamycine, phénobarbital…

L’acide ascorbique augmente l’absorption intestinale de l’aluminium (présent notamment dans les pansements gastriques).

L’acide ascorbique diminue l’effet anticoagulant de la warfarine et de l’héparine.

L’acide ascorbique baisse l’effet antidote du laétrile vis-à-vis du cyanure.

Apports Nutritionnels Conseillés

  • adulte : 110 mg/j
  • grossesse : 120 mg/j
  • allaitement : 130 mg/j
  • personnes âgées : 120 mg/j
  • sportif : 210 mg/j (300 mg/j nécessaire au maintien du taux plasmatique)

Apports supranutritionnels

  • femme : 200 – 230 mg/j
  • homme : 220 – 250 mg/j

U.L. : 1000 mg/j (selon la F.D.A.) — (Upper Limits : niveau maximal de consommation quotidienne avec risque peu probable d’effets secondaires)

L-acide ascorbique — Formule : C6H8O6

Doses conseillées

En prévention : 500 à 2000 mg/j en 1 à 3 prises en fin de repas.

En thérapie : À partir de 3000 mg/j en fin de repas et à répartir sur la journée.

Formes conseillées

Ester C ®, extraits d’acérola ou de baies d’églantier, sels d’ascorbate.

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Bibliographie

  • CURTAY JP, SOUCCAR T. Le nouveau guide des vitamines. Editions du Seuil. Paris. 219-281 ; 1996.
  • CORSON P. Notre ange gardien la vitamine C. Editions Guy Trédaniel, Paris ; 1995.
  • MARTIN A. Apports nutritionnels conseillés pour la population française. Tec&Doc. Paris. 215-220 ; 2001.
  • JOHNSTON CS, STEINBERG FM, RUCKER RN. Ascorbic Acid. In Rucker RB, Suttie JW, McCormick DB, Machlin LJ. Handbook of Vitamins. Editions Marcel Dekker. New York. 529-554 ; 2001.

Avertissement : cet article est fourni à titre informatif et éducatif. Il ne remplace pas un avis médical professionnel. Consultez votre médecin, votre pharmacien ou un professionnel de santé avant de débuter toute supplémentation, en particulier en cas de grossesse, d’allaitement, de traitement médicamenteux en cours ou de pathologie chronique.